Un intrus chez les Bisounours

Les agences de presse vendent du rêve. Du rêve pastel, rose et de plus en plus vert, green washing oblige. Les discours ont un goût de guimauve. Sauf si un intervenant, couleur terre et goût terroir, casse les codes.

Une conférence de presse peut être l’évènement le plus ennuyeux du monde. Il a un seul but : vendre un produit, et sa marque. Tout le monde y est gentil, poli, écolo, engagé, responsable.

Celle organisée par Lavazza afin de présenter son calendrier 2015 a commencé ainsi. Mais à un bout de la table était installé Carlo Petrini. L’association Slow Food, qu’il a fondé et préside, collabore avec la marque de café. Le dit calendrier immortalise les « défenseurs de la terre », petits producteurs qu’il défend via une autre association: Terra Madre.

Carlo_Petrini

Il est âgé, avec les rides de celui qui a vu passé plus que les années. J’ai pensé qu’il avait fini par se vendre ou, pire, se faire acheter.

Morceaux choisis

Puis ce vieil homme a parlé : « Ceux qui ne voient pas l’avenir dans la terre ne comprennent rien! On ne mangera pas des ordinateurs, on ne mangera pas des calendriers, on mangera ce que la terre nous offre. »

Et : « Les défenseurs de la terre sont ceux qui aiment la terre, avec des logiques hors « PIB » et « libre marché » … Les gens et les communautés sont plus importants que le marché, que la logique de l’argent ! »

Un des jardins créé via Slow Food, ici au Kenya. Ils devaient être 1.000. L'objectif ayant été atteint, a été relévé à 10.000.

Un des jardins créé via Slow Food, ici au Kenya. Ils devaient être 1.000. L’objectif ayant été atteint, a été relevé à 10.000.

Ou encore : « Les Africains sont en mesure de gérer l’avenir de l’Afrique. Notre tâche, j’aime à la définir par un verbe : « rendre » ! Ce n’est pas de la charité. L’esclavage et le vol, c’est toujours aujourd’hui : les téléphones portables sont possibles grâce à ce qui sort de la terre d’Afrique. »

Concéder sans céder

Je n’aime pas truffer mes textes de points d’exclamation. Mais quel autre moyen de dire son emportement ? Il a les accents d’indignation du jeune homme qui vient de découvrir une injustice planétaire. Son discours est un peu plus construit, un peu plus raisonné, peut-être. Mais pas apaisé.

Certains soulèvent le problème que posent ses liens avec des riches, particuliers ou entreprises. Comme si un homme ne pouvait pas être idéaliste – il l’est, sans aucun doute – et capable de concessions. Sans ces riches, rien ne bouge. Jamais.

Évidemment, ce type de partenariat améliore l'image des marques. Mais tout aussi évidemment, les associations n'acceptent pas s'il n'y a ps de retombées (Photo du calendrier Lavazza 2015 © Lavazza / Steve Mc Curry).

Évidemment, ce type de partenariat améliore l’image des marques. Mais tout aussi évidemment, les associations ne s’y adonnent pas pour rien. (Photo du calendrier Lavazza 2015 © Lavazza / Steve Mc Curry).

Même si les multinationales (et autres acteurs économiques) ne font pas la révolution, elles changent. Un peu. Sortent d’une logique colonialiste pour une logique de collaboration. Elle reste à leur profit. Et profite à d’autres.
Nous ne pourrons juger que dans quelques années. Si Carlo obtient des résultats, il aura eu raison.

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