Le goût du mezcal

L’alcool est un grand dénominateur commun entre les hommes. Les uns font du vin, les autres de la bière, le l’absinthe, du whisky ou du saké. Leur inventivité n’a pas de limite. Et ceux qui font le mezcal se sacrifient, littéralement, pour quelques bouteilles.

Mon premier verre de mezcal remonte à un an, lors du Whisky live 2013, le salon des spiritueux. Au sous-sol, juste à l’entrée, deux stands se faisaient face. Au premier, une charmante jeune fille parlait de la tequila. Elle en expliquait parfaitement la fabrication. Elle décrivait les différents arômes, les goûts de chacune des bouteilles alignées devant elle. Sincèrement, j’ai apprécié ces quelques gorgées, même si j’ai du mal à comprendre les alcools forts.

En face, les bouteilles vertes, presque fluorescentes, les couleurs vives de leurs étiquettes, faisaient presque amateur. L’homme, derrière, parlait de mezcal en moulinant des mains. Après la brûlure de l’eau-de-vie, le goût se déploie, un peu gras en bouche, et étrangement fumé. Le mezcal est fabriqué avec des agaves, comme la tequila, mais les cœurs de ces cactus sont cuits à l’étouffé, dans un immense four enterré.

Les bouteilles de la marque Del Maguey, mon premier mezcal.

Les bouteilles de la marque Del Maguey, mon premier mezcal.

Son discours du vendeur différait du précédent. Chaque bouteille de sa marque, Del Maguey, était pour lui une terre, et des hommes. Un terroir, donc. J’aimais ses paroles, et j’ai aimé cet alcool, et cette histoire d’artisans qu’il contait si bien.1

Dans la douleur

Et j’ai lu le reportage sur ces « artisans » qu’a publié la revue BEEF!®. Partout dans le monde, ceux qui font de l’alcool travaillent dur, vinifient, distillent, fermentent. Mais les Mexicains qui font le mezcal souffrent, comme aucun de nos vignerons ne le supporterait. Donc un jour des hommes de ce pays, ont créé une boisson qui résulte de la douleur. Quel étrange processus a pu les y amener ?

Le "four" à agave; superbe photo de Frank Bauer pour le magazine Beef.

Le « four » à agave; superbe photo de Frank Bauer pour le magazine Beef.

Voilà ce qu’est la fumée : le feu dompté jusqu’à l’extrême et emprisonné dans des flacons. Mais dans ce couple, les hommes et la cendre, chacun est esclave de l’autre. Enchainé à son four, celui qui fait le mezcal est prisonnier de son corps.

Je ne vais pas vous dire qu’avoir mal fait faire de bonnes choses. Je ne vais pas vous dire que j’aime ce qui découle des blessures des hommes.
Mais force est de constater que le mezcal est un de ces alcools que je bois avec un plaisir fasciné. Comme quand je lis un livre étrange, tard, un soir de fatigue. J’ai toujours aimé qu’on me raconte des histoires.

1 (Excellente introduction au mezcal – et j’en suis encore là – : VIDA, de la marque Del Maguey)
2 (Dans le deuxième numéro de ce que je considère comme un des meilleurs magazines culinaires français. Et non, je ne suis pas sponsorisée, juste lectrice.)

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