Au pain d’Auguste, des irréductibles résistent encore et toujours

Adriana, Zhara et Islam se battent pour sauver Le pain d’Auguste, la boulangerie où ils sont employés. Cette histoire de clowns – ils sont quelques-uns à y avoir commis de mauvaises blagues – est bien triste. Mercredi 18 juin, le tribunal de commerce de Paris a annoncé la liquidation judiciaire de l’entreprise.

« La boulangerie doit fermer ». Zhara me tenait au courant de l’avancée de cette histoire. Elle espérait que j’écrive dans un journal, que quelqu’un (un milliardaire en manque de bonne action ?) lise ces lignes, et que le pain d’Auguste soit sauvé.
Adriana et Zhara sont vendeuses dans cette boulangerie du XIVème, où travaille également Islam.

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Zhara et Adriana

En janvier Paul Tourrès, le gérant depuis trois ans, annonce qu’il a vendu. Et, tout simplement, il part. « Moi et Zhara on a pleuré comme des cons », se remémore Adriana. Cet homme n’a pas payé les factures depuis huit mois.
Conséquence logique : en février, le tribunal de commerce annonce que l’entreprise est placée en redressement judiciaire. Les trois employés sont estomaqués.

Des mauvais génies

Celui qui aurait du être le bon génie de notre histoire entre en scène : Khaled Azizi. Ce chef d’entreprise possède déjà trois boulangeries dans la région. Il dépense 1 € symbolique et débarque à la tête du pain d’Auguste. Sûr et certain, il va redresser l’affaire.
« Tout s’est bien passé. Pendant une ou deux semaines », raconte Adriana.

Les "résistants" ont raconte l'histoire sur toutes les vitrines.

Les « résistants » ont raconte l’histoire sur toutes les vitrines.

L’histoire qui suit est drôle, vue de loin, loufoque à distance moyenne, franchement cruelle pour ceux qui la vivent.
Le courant ne passe pas entre Azizi et les « anciens ». Blessée, Zhara répète plusieurs fois les mots de son patron : « Le personnel c’est zéro ». Tous serrent les dents.

L’inventaire aura bientôt lieu, répertoriant les quelques trésors de la boulangerie. Le jour précédent, les trois employés découvrent, atterrés, que le frigo, la diviseuse, la trancheuse et tous les aliments ont disparus.
Volés.
Des mouvement ont eu lieu la veille dans la nuit, et dans l’après-midi. Des hommes ont déménagés le matériel. Et des voisins ont reconnus le jeunes hommes que M. Azizi avait fait gérant du Pain d’Auguste.
La boulangerie doit fermer une semaine. Adriana prend les armes, c’est-à dire le stylo. Elle écrit une lettre de sept pages au tribunal. Khaled Azizi l’apprend : « Il m’a engueulé au moment de la paye. » Il s’énerve, et il nie, depuis quatre mois.

De gentils fous

Patrick, client de longue date, secoue la tête en entendant à nouveau ce récit : « C’est vraiment une histoire de fous ».
Fous, Adriana, Zhara et Islam le sont : « On a voulu montrer qu’on restera ! J’ai eu le courage, mais je ne sais pas d’où ça vient », avoue Zhara. Elle ne sait pas non plus combien de temps cela durera.
« Moi je vais pas partir d’ici ! assène-t-elle. Tout ce qu’on veut c’est que ça soit repris avec nous. »

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Le pain d’Auguste vendait à nouveau du pain, sans qu’aucun boulanger n’occupe les locaux.

Ils se sont organisés, pour survivre.
Éric, voisin et ami, les met en contact avec la Conquête du Pain, boulangerie autogérée de Montreuil.
Celle-ci leur a fourni brioche et farine. Grâce à cette aide, nos trois compères garnissent à nouveau quelques présentoirs. Adriana confectionne des gâteaux et des flans. Ils proposent aux clients de les aider via une caisse de solidarité.
Éric, encore lui, crée une page Facebook pour les soutenir : « Je voulais raconter cette joyeuse résistance solidaire ».
Islam est allé se former, une journée, dans la boulangerie de Montreuil. Le 23 mai, Zhara et Adriana ont pu vendre les premières baguettes de leur ami. Elles n’étaient pas parfaites, mais elles étaient là.

Les premières baguettes d'Islam.

La « première fois » d’Islam.

Sans oublier Daniel. Daniel, 68 ans, à la retraite, qui ne connaissait ni cette boulangerie ni ses employés. Daniel qui a une formation en pâtisserie. Daniel qui a travaillé bénévolement pour cette joyeuse troupe. Vendredi dernier, il confectionnait les entremets pour la fête des mères. Avec son petit robot de ménage, il réalisait ses génoises deux par deux. J’ai plongé mon doigt dans la pâte crue : elle était bonne. Ses gâteaux devaient être meilleurs que nombres de ceux qui se sont écoulés par centaines, ce dimanche.

Aujourd’hui, tout cela est fini. « Liquidation judiciaire » : le verdict est tombé.
Dans ma (courte) vie, j’ai entendu beaucoup de gens dire : « Si on veut, on peut ».
Menteurs.
Eux, ils voulaient.

Le pain d’Auguste (pour combien de temps ?)
30 rue de l’Espérance, 75014 Paris

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3 réflexions sur “Au pain d’Auguste, des irréductibles résistent encore et toujours

  1. Bonjour,
    Je retrouve ici la petite Gourmande de génoise.
    Belle article merci. je vous joint une de mes maxime qui colle à vos propos.
    « Je me suis endormi habillé d’espoir, et me suis réveillé enrhumer. »
    adn

  2. Merci pour ce superbe article sur le pain d’auguste, les filles continues leur joyeuses résistance solidaire et invite les enfants du quartier vendredi 6 juin 2014 pour le goûter d’auguste, solidaire et festif

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