Qui a volé, a volé, a volé…

Dans Charlie et la chocolaterie, la mère cuisine une soupe goûteuse avec un peu de chou et beaucoup d’eau. Dans la vraie vie, elle achète une pizza surgelée premier prix. Entre les deux, un vol a été commis.

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Helena Bonham-Carter et sa soupe au chou, dans Charlie et la chocolaterie de Tim Burton.

Pot-au-feu. Paella. Pudding et pain perdu. Toutes ces préparation ont un point commun. Non, deux. Leur initiale – sans intérêt, certes – et leur origine. Leurs créateurs, et ceux qui leur ont succédés, étaient pauvres. Pas des mendiants, des apeurés, des contraints de tendre la main. Juste des gens pour qui chaque tranche de pain est précieuse. Qui ne peuvent s’offrir une belle pièce de bœuf ou un carrelet.

Et l’histoire de ces plats bat en brèche l’idée qu’être pauvre implique de mal manger. Vous avez du entendre cela. Vous avez en tête l’image du « pauvre » qui se nourrit de paquets de chips. Les magazines télé serinent que les nourritures à bas prix sont les plus sucrées, les plus grasses, bref, les plus mauvaises.

Tout cela est vrai, et faux.

Quelqu’un a volé la nourriture des pauvres.

Ni vu ni connu, je t’embrouille: les plats de pauvres sont devenus chers. La bouillabaisse est vendue 20 € dans des restaurants pour touristes et le pain perdu se réinvente en dessert de palace parisien. Et les pauvres mangent de l’industriel-bas-de-gamme. Les chiffres le prouvent, les études le prouvent, la prévalence des cas d’obésité dans les foyers à faibles revenus, le prouve.

Le discours général est donc : « pauvre pauvres, obligés de mal manger ».

Première raison avancée : le rapport qualité/prix. Les aliments les moins coûteux seraient les plus mauvais.
Vrai. Entre deux pizzas surgelés, la plus chère est meilleure. Mais la pizza reste plus chère que la tomate, la salade ou le concombre. Nos aïeux cultivateurs avec trois champs de patates et marins qui ramenaient trois sardines mangeaient mieux que nous. Soit, j’exagère. Mais l’idée est là.

Ici, entrée en scène de la deuxième raison. Les gens n’auraient pas le temps/l’envie de passer en cuisine le soir.
Vrai, encore. Ouvrir une conserve est plus rapide que de préparer un bourguignon. Mais pas plus que de couper une carotte.

Troisième raison : le manque d’informations. Les « pauvres » seraient bombardés de pubs et de messages divers vantant ces « mauvais produits ».
Vrai, encore, encore. Mais les riches voient les même pubs. Tous regardent les mêmes enquêtes sur l’industrie agro-alimentaire et les même nouvelles chevalines du JT.

Le reportage de France 5 sur la pizza industrielle … entre autres émissions sur l’agro-alimentaire

Toute cette rhétorique amène deux conclusions. Soit les pauvres sont tous des débiles profonds – là j’ai un doute. Soit quelque chose a fixé une fois pour toutes ce que chacun doit manger.
Et la nourriture est puissante. Son image a un sens social. Le « pauvre » d’avant avait le droit aux jolis films en noir et blanc et aux diners chaleureux à la lueur d’une bougie. Le pauvre d’aujourd’hui a le droit aux teintes criardes des reportages racoleurs.

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