Le camembert est sexy

Un vieux paysan bougon trempe sa tartine dans un bol de café. Le camembert a autant de mal à se défaire de cette image que de son odeur. Un cliché que ceux de l’exposition « Les filles à fromage » met à mal.

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Mouna Briya, restauratrice

Elles sont aguichantes. Les modèles posent de façon plus que suggestive et chacune donne des idées déraisonnables. L’artiste a immortalisé Mouna Briya, restauratrice, yeux fermés, toute à son plaisir. Elle a planté les dents dans une tartine de Saint-Nectaire. Elle a deux points communs avec les autres femmes passées devant l’objectif de Thomas Laisné. Elle est belle et elle aime – le mot est faible – le fromage. Ces actrices, présentatrices, comédiennes, chefs de cuisine, sont membres du Cercle Officiel des Filles à Fromages Et plus si affinités (COFFE). L’exposition qui se tient à la Milk Factory reprend leur surnom : « Les filles à fromage ». Ces vingt clichés prouvent une chose : manger du fromage français n’empêche pas d’être sexy.

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Julie Boulanger, comédienne

Selon Claire Griffon, fromagère dans le 7ème arrondissement de Paris, a accepté de participer à ce projet « parce qu’il valorise aussi bien le produit que les femmes ». Selon elle, une fille à fromage est une femme « qui aime le fromage, le consomme, en parle, et le promeut autour d’elle ». L’exposition joue ce rôle à merveille. La présentatrice Donia Eden entrouvre ses lèvres pulpeuses devant un triangle de Pouligny Sty-Pierre. La comédienne Julie Boulanger se déhanche à peine en portant un plateau de fromage.

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Donia Eden, présentatrice

Mais Claire Griffon ne s’arrête pas là : « cette femme est aussi heureuse de vivre, belle et sexy, comme la majorité de mes clientes. Le fromage fait grossir ? Ce n’est pas ce que je vois en boutique ». Elle a raison. Toutes les femmes qui admirent les photos sont élégantes, souriantes, voir en train de rire aux éclats. Le fromage rend belle, et heureuse.

(Mais à quand une exposition « Les gars à fromage » ?)

Les filles à fromage
Un certain charme à la française
Photographies de Thomas Laisné
Du 7 février au 26 avril 2015
Milk Factory, 5 rue Paul Bert Paris 11ème

(Article rédigé pour le magazine Mint)

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Petite feuille est devenue grande

Café et cocktails : les boissons d’adultes sont traduites dans les dernières créations de la Maison du Chocolat. Elles sont réussies, toutes. Elles procurent le plaisir promis, rien de moins, mais rien de plus. Sauf le macaron, un petit rond à la puissance insoupçonnée.

Les adultes boivent des choses étranges. Ils aiment les vins blancs aux saveurs de roche, les vins rouges qui râpent le palais. Ils se versent des boissons amères dans des dés à coudre. Certains mélangent des liquides aux teintes suspectes sous des petites ombrelles.
Tous ces verres, toutes ses tasses, sont des symboles. Comme tous les enfants, j’ai voulu « devenir grande » et en avoir les caractéristiques. Je me suis forcée à apprendre certains goûts : le café, le vin, les alcools… et les infusions.
Rares sont les enfants qui aiment ces « eaux parfumées ». Elles n’ont rien de gourmand. Elles n’ont pas de texture et – de prime abord – aucune complexité de saveur.

La verveine, des sachets aux feuilles

Tous les soirs de mon enfance j’ai senti l’odeur de la verveine. J’ai vu les tasses fumantes et le plaisir manifesté par ceux qui les sirotaient. Je ne comprenais pas mais je regardais avec envie.
« Tu en veux une ? »
Je voulais être adulte, j’ai dit oui. La légère brûlure de la tasse dans les mains était agréable. La fumée parfumée emplissait et réchauffait les poumons. Soir après soir, le goût devenait familier, devenait agréable.

« Verveine » : un nom ronflant pour deux grammes de miettes enfermés dans un sachet.
Un nom mérité par les feuilles odorantes et friables ramenées d’un voyage dans le Sud.
Cette plante est donc à la fois un souvenir de mon moi-enfant et de mes vacances ensoleillées. Elle est aussi le symbole de mon apprentissage des goûts et des bons goûts. Un apprentissage permis par des errances parisiennes hasardeuses et des chocolats de luxe croqués avec timidité. Je n’ai pas délaissé mes tablettes 100% industrielles. J’y suis accro. Mais je suis tout autant adepte de certaines belles adresses, telle La Maison du Chocolat.

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(Visuel de La Maison du Chocolat – mes photos étant fort laides)

D’abord, le croquant de la coque, puis le fondant de la ganache. Ce macaron est un macaron, et un macaron réussi. Le chocolat annoncé est présent, allié sans fausse note à la framboise. La maison du chocolat est toujours dans l’équilibre. Les accords sont millimétrés, « parfaits », et parfois froid dans cette perfection.

Là, après la framboise, après le chocolat, le basilic, attaque et amuse un instant. Et la verveine sort, s’amplifie, rafraichit tout l’intérieur de mon palais et réchauffe tout mon corps. J’ai mis du temps à comprendre tous les liens mémoriels à l’origine de ces émotions. Tous ceux qui gouteront cette pâtisserie n’ont pas ces souvenirs. Ils ne ressentiront peut être pas le même bien-être. Le mien a été intense.

Macaron à la ganache cocktail de La Maison du Chocolat
Ganache au chocolat noir, à la framboise, au basilic et à la verveine.
1,85 €, à partir du 2 mai