Oreo : un biscuit qui cache plus qu’un coeur crémeux

Les biscuits Oreo ont aujourd’hui un arrière-goût désagréable. La semaine dernière, une étude montrait qu’ils seraient aussi addictifs que la cocaïne. Le 22 octobre, l’organisation Greenpeace s’est à son tour attaquée au fameux biscuit, accusé de participer à la déforestation en Amazonie. 

Les Oreo, "le cookie préféré du lait"

Les Oreo, « le cookie préféré du lait »

Les accros aux Oreo sont « des complices involontaires de la disparition des 400 tigres de Sumatra encore en Indonésie », selon Bustar Maitar, responsable des campagnes de Greenpeace pour les forêts indonésiennes, interrogé par l’AFP. Mardi 22 octobre, l’ONG a accusé les fabricants de ces biscuits d’utiliser de l’huile de palme provenant de terrains illégalement déforestés dans le parc protégé de Tesso Nilo. L’ONG joue à plein la carte du symbolique. Elle attaque des marques connues de tous (Oreo mais aussi Gillette) afin de défendre une espèce animale aussi populaire qu’en danger.
Immédiatement, l’opération retient l’attention des médias. La marque Oreo n’en pâtira pas. Déjà, parce qu’elle n’a pas acheté directement cette huile. Elle peut donc se décharger sur son fournisseur, l’entreprise agroalimentaire singapourienne Wilmar. Celle-ci a déjà réagi, en menaçant ses fournisseurs d’être «totalement écartés» s’ils ne restaient pas dans les limites de la légalité. Le biscuit noir veille à garder une réputation aussi blanche que son fourrage. La marque pèse lourd dans le paysage agroalimentaire, et semble inattaquable.

Composition (Les ingrédients sont listés par ordre d'importance)

Composition (Les ingrédients sont listés par ordre d’importance)

Manger un Oreo équivaut à manger du sucre. La semaine dernière, des étudiants en neurosciences du Connecticut College ont publié une étude démontrant que les Oreo agissent sur le cerveau comme la cocaïne. Selon le professeur Joseph Schroeder la conclusion des expériences, menées sur des souris; est claire : «Nos recherches renforcent la théorie selon laquelle la nourriture riche en graisse et en sucre stimule le cerveau de la même manière que les drogues.»
Médiatisée sur le mode humoristique, l’étude n’est pas prise au sérieux. En France, Michel Lejoyeux, nutritionniste interrogé par Le Plus du Nouvel Observateur, prend la défense du cookie : «Dire que la cocaïne est aussi dangereuse qu’un biscuit c’est un raisonnement simpliste.» Selon lui, «c’est à la fois un retour de la pudibonderie dans nos sociétés, refusant le plaisir, et un laxisme, puisque l’on met des substances qui n’ont rien à voir sur le même plan. » Une fois de plus, Oreo a évité la claque.

Du lait sur l’affiche et du buthylhydroxyanisol dans la recette

L’entreprise, leader mondial du biscuit industriel, présente dans 100 pays, a cumulé 938 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2008.
Le secret de la success story de ce sandwich sucré tient en un mot : publicité. Son propriétaire, Kraft Foods, n’hésite pas à mettre la main à la poche afin de promouvoir son produit phare. En 2009, elle met le pied au Royaume-Uni. En moins d’un an, elle réalise 14 millions d’euros de chiffre d’affaires. En France, le biscuit, commercialisé dès 2000, a du mal à s’implanter, jusqu’à ce qu’en 2010 Kraft Foods décide de frapper fort. Le dossier de presse de la marque parle d’un « plan musclé » : 200 commerciaux sont envoyés sur les routes afin d’implanter le biscuit, qui se décline désormais en six formats, dans 30.000 points de vente. Suivent des distributions d’échantillons, un spot TV et une campagne d’affichage massive. « Tous les leviers seront activés pour assurer une visibilité maximale », ajoute la marque, que l’on ne peut accuser de tromperie sur ce point.
Ces publicités, justement, jouent la carte du « sain » en associant de belles giclées de lait à un biscuit surnommé « Milk’s Favorite cookie ». Après relecture de la liste d’ingrédients, seul le lactosérum en poudre évoque (de loin) le produit laitier. La part de cacao dans le biscuit est anecdotique. Conclusion de la journaliste Colette Roos : « Ce n’est pas grave, l’arôme, le sucre, le sirop de glucose-fructose et la graisse végétale [agrémentée de buthylhydroxyanisol, un antioxydant chargé de retarder le rancissement, NDLR] sont là pour faire le job.

pub oreo

Slogan français d’Oreo

« Tournez, goûtez, plongez », conseille la marque sur ses emballages. Sûre d’elle, elle préfère donner des conseils de dégustation que des raisons d’acheter.

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Bernard Vaussion: Un homme de pouvoir quitte l’Élysée

Dans quinze jours, Bernard Vaussion partira à la retraite. Le cuisinier a opéré dans l’enceinte de l’Élysée alors que six présidents s’y succédaient. A son fourneau, le cuisinier a le pouvoir.

Bernard Vaussion (Crédit : http://marcdelage.unblog.fr/)

Bernard Vaussion (Crédit : http://marcdelage.unblog.fr/)

Des plats servis dépend l’humeur des convives. Et ceux que servaient Bernard Vaussion décident de l’avenir de la planète. Être le chef d’un grand chef n’est pas un poste anodin. Les cuisiniers personnels des chefs d’État, ou les chefs cuisiniers en charge des réceptions officielles, l’ont bien compris et se sont rassemblés. Leur club est « l’association gastronomique la plus exclusive du monde ». Le futur ex-chef de l’Élysée en deviendra président honoraire. Très consensuellement, l’objectif annoncé est de « faire la promotion des grandes traditions culinaires et de préserver les racines de chaque cuisine nationale. » Le Club des Chefs des Chefs ajoute fort à propos que sa mission est également « de développer l’amitié et la collaboration entre ses membres. » De fait, « amitié » et « collaboration » permettent à chaque membre d’accéder aux informations essentielles – c’est-à-dire culinaires – dont dépendent les réunions de chefs d’État. Ce qui permet à ces cuisiniers de dissiper (un peu) la tension qui les habite. Cette angoisse qui a mené Vatel a de tristes extrémités.

La tarte aux pommes de VGE

« Après un déjeuner ou un dîner, je vérifie toujours l’assiette du président quand elle revient en cuisine. Je vois ce qu’il a mangé, ce qu’il a laissé, je m’adapte à son style » explique Bernard Vaussion. Il n’est pas homme à proposer des assiettes de créateur, explosant les codes culinaires. Son art s’est adapté au moule des cuisines présidentielles, des grandes réceptions et rencontres informelles. Hommes de pouvoir, les cuisiniers de l’Élysée sont aussi – et d’abord – au service des goûts présidentiels. Lorsque Valéry Giscard d’Estaing était au pouvoir, il menaça de licencier le chef Francis Loiget. L’objet de la discorde était la pomme, sous forme de tarte. Président et cuisinier en avaient des visions opposées. Pour le premier, elle comportait forcément compote et pommes en fines lamelles alors que le second prônait la crème pâtissière et les fines rondelles. Le cuisinier céda.

Pique-nique garanti 100% sans OGM

Le collectif citoyen les Engraineurs n’a pas suivi la consigne mondiale de la « marche mondiale contre Monsanto ». Ce 12 octobre 2013, ses membres ont préféré convier les Parisiens à un pique-nique.

Le camembert était bio. Baguettes et biscuits sont sortis des sacs de citadins aussi révoltés qu’heureux. Ils se sont réunis aujourd’hui, place Stalingrad, à l’appel du collectif les Engraineurs. Ils protestaient contre les pratiques de la multinationale Monsanto. Tous ont l’indignation sur les lèvres et la révolte dans le cœur.
« Cyprien Ferrier, 33 ans depuis hier, se présente un jeune homme. Et quelle meilleure manière de fêter son anniversaire que de venir dire non à Monsanto? ». Le jeune manipulateur radio est arnaché dans une carapace de pancartes. Une seule n’aurait pas suffit à afficher tous ses messages. « Parce que c’est une entreprise très très moche. Monsanto vend du mal en essayant de nous faire croire qu’ils sont là pour le bien de l’humanité! Ils vendent leurs graines, on récolte le cancer ».

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Les participants n’ont pas de mot assez dur contre l’agrobusiness. La plupart d’entre eux sont bien informés, voir incollables, sur le sujet. Pierre, 25 ans, sait d’où provient son engagement « J’ai eu le déclic en regardant le monde selon Monsanto ». Parmi tous les manifestants, nombreux sont dans le même cas. « Et puis progressivement, on s’engage, on s’informe et on ouvre de plus en plus les yeux… » relate Pierre.

Refuser et construire

Le collectif Les Engraineurs s’est formé le 25 mai, à l’occasion de la première marche mondiale contre Monsanto. Elle avait réuni deux millions de personnes, dans 400 villes de 50 pays. A Paris, 2 000 citoyens s’étaient réunis. « Ensuite, on est resté ensemble parce que l’on avait envie de faire quelque chose » raconte Benjamin, un membre du collectif. « Alors on organise des manifestations, on essaie de rassembler différentes associations… On veut se réapproprier un patrimoine commun, particulièrement les semences, que certaines grandes firmes veulent accaparer » explique-t-il.
Leur démarche dépasse le seul fait de « dire non ». La manifestation comportait des ateliers et une foire aux initiatives, destinés à présenter et débattre des alternatives à l’agrobusiness. Des ONG comme Greenpeace, des auteurs et des chanteurs sont venus animer la journée. Les tambours de la batucada, musique traditionnelle brésilienne présentée par le groupe Muleketu, martèlent leurs rythmes. Les groupes se font et se défont librement, réunis par les même sentiments de ras-le-bol et de bonne volonté.

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Soupe et bon vin

Cela les rend heureux. Abde Rahim est un des organisateurs de la soupe gratuite, qui a été distribuée à 14h30. Il résume l’ambiance qui règne au sein du collectif comme entre les manifestants: « Ce qui est beau, c’est que maintenant on parle moins de Monsanto que de ce qui nous rassemble. On est de moins en moins contre quelque chose et de plus en plus dans l’envie d’aller vers quelque chose. »

S’ils en prenaient de la fève… (2/2)

« C’est bon ». Cette appréciation, et ses variantes, est un révélateur immédiat du plaisir. L’auteure de ces lignes mange bien, mais prononce rarement ces mots. Souvent, les assiettes goutées se révèlent succulentes. Mais les bâtis architecturaux qui s’y élevent sont longs à analyser. Si longs que le jugement ne peut être immédiat. Et si la préparation d’un dessert rivalise de complexité avec une déclaration d’impôts, un peu du plaisir se perd en route.

Dans L’élégance du hérisson, la jeune héroïne de Muriel Barbery demande si c’est le chocolat qui est bon, ou la technique de la dent qui le broie. Le lecteur sent alors ses molaires se languir de la douce résistance d’un carré de chocolat compact, qui s’écrase en lâchant sa délicieuse amertume sur les gencives. Juste. un. carré. de. chocolat. Sans chichis.
Cet art, les chocolatiers français s’en éloignent souvent. Le piment, la truffe ou l’avocat s’accordent avec cet aliment des dieux, parait-il. Mais les choses qui s’arrangent le mieux d’une cohabitation avec l’or noir sont: un moment parfait, une explosion de gout et une texture dense.
Les chocolatiers danois semblent bien droits dans leurs bottes. Certes, leurs équilibres de gout ne sont pas parfaits, et ils ne lésinent pas sur le sucre.

Fruits secs au chocolat de Simply Chocolate

Fruits secs au chocolat de Simply Chocolate

Mais des pépites de belle taille poudrent les doigts, fondent et croustillent dans la bouche. Les fruits secs, acidulés ou oléagineux – vive le praliné – sont à l’honneur. D’épaisses barres fourrées se dévorent en grosses bouchées qui remplissent la bouche de moelleux au goût intense.

Même les anglais!

Les danois savent parler plaisir. Les anglais aussi, qui ont débarqué dans Østergade avec une annonce pompeuse: Hotel Chocolat. Grande artère, grande enseigne, le pire est à craindre. Honte à l’auteure de ces lignes qui a pensé ainsi et hésité très -trop- longtemps avant d’y pénétrer.

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Éclats:
Chocolat à 80% et à 70% avec éclats de caramel

Les bouchées de chocolats, même à très haut pourcentage de cacao, ont un goût tout rond. Les blancs ne sont pas écœurants et les noirs sont gras et fruités. Sans complexité, ils sont bons.
Au bar à chocolat, le gourmand peut commander un chocolat chaud au caramel salé. La tasse est blanche, lisse. Le liquide clairet dégage une fragrance de fête foraine et de gouter d’hiver. Le goût lacté du caramel porte le nom de « douceur ». Le moment se dit « réconfort ».
Tout autour, les clients attaquent la mousse qui surplombe leur verre.

"Made in Copenhagen"

« Made in Copenhagen »

Renseignement pris, la préparation est le « Made in Copenhagen ». Le lendemain, le choix est évident. Les fèves « du moment » sont conchées sur place.

Fèves conchées sur place Ce Jour-là: Venezuela

Fèves conchées sur place
Ce jour-là: Venezuela

Le serveur recueille la liqueur obtenue et l’allonge à peine de lait. « With cream? ». C’est plus cher? Oui. C’est raisonnable? Non. Tant pis: « Yes, please ». Le chocolat est liquoreux et amer. Fort, il peut se déguster à la petite cuillère. Le summum est de le boire à petite gorgée. Il envahit tout le palais et nappe le fond de la gorge. Ce verre là ne contient pas un liquide, mais une vraie nourriture. Elle nourrit l’âme et guérit la mélancolie, tels ces souvenirs qui drapent dans le confort de l’enfance.

S’ils en prenaient du grain.. (1/2)

Cocorico, la France est le pays de la gastronomie. Cela étant dit, certains se reposent sur leur bouquet garni. Les usages sont parfois discutables, et la qualité en pâtit. Un petit voyage dans un pays peu connu pour la bonne chère entraine découvertes et remises en cause. La petite sirène danoise a quelque secrets dans son cabas…

« France, pays du pain ». Cette phrase est abusive. « France, pays du pain français » serait plus exact, bien que parfaitement inutile. Inutile et sujet à caution. Car entre baguettes pâlichonnes et sandwich SNCF, la production boulangère hexagonale est loin d’être toujours un exemple.

Le Danemark, lui, n’est pas connu pour sa haute gastronomie, ni pour son pain. Pourtant, la filière boulangère y est autant digne d’intérêt que peu développée. Elle est aussi gourmande qu’éthique. Lorsque les autres européens commençaient à peine à causer écologie, le sujet était déjà au centre des préoccupations danoises. Le bio y est devenu une habitude, et non une exception. A Copenhague, la vingtaine d’adresses d’Emmerys affiche fièrement la mention « økologisk », au dessus de pains au moelleux irréprochable.

Økologisk valnøddebrød (Photo extraite du site web)

Økologisk valnøddebrød d’Emmerys
(Photo extraite du site web)

La tendreté de la mie est une constante, dans les boulangeries comme dans les restaurants. Ceux-ci sont nombreux à cuire leur propre pain. Ainsi et entre autres, le minuscule restaurant Supanatural cuit tous les jours de petites miches, servies en tranches crousti-moelleuses, chaudes et réconfortantes.

Enfoncé, le jambon-beurre…

Le rugbrød est le pain de table danois par excellence. Composé de farines de seigle et de blé, enrichi de nombreuses graines, il est pauvre en sucres et en graisses. Certes, sa réalisation est surement moins technique que celle de miches à longue fermentation. Mais le plaisir est toujours là. Nature, il se dévore déjà comme une pâtisserie. Tartiné de beurre salé, sa dégustation est un péché.

Smørrebrød décomposé : rugbrød, beurre salé, betteraves et boulettes de viande.

Smørrebrød décomposé : rugbrød, beurre salé, betteraves et boulettes de viande.

L’inventivité des dannois ne s’est pas arrêté là. Le rugbrød sert de base au smørrebrød. Sur de fines tranches de pain se superposent harengs et maquereaux, betteraves et oignons, œufs et viande fumée.

Smørrebrød de chez Aamanns: Harengs épicés, oignons, pommes de terre, câpres... Crême fraîche à s'en mettre plein le nez et à cueillir avec les chips de pain.

Smørrebrød de chez Aamanns:
Harengs épicés, oignons, pommes de terre, câpres…
Crème fraîche à s’en mettre plein le nez et à cueillir avec les chips de pain.

Cerise sur la tartine, le rugbrød se conserve longtemps. Et les boulangeries le recyclent sans mal: presque toutes le proposent en chips croustillantes, caramélisées et pleines d’arômes de graines grillées.