La petite « boulangerie » est appelée à l’accueil…

L’émission « La meilleure boulangerie de France » est diffusée depuis plusieurs semaines sur M6. En omettant toute notion de qualité, cette production télévisuelle est discutable sur le plan éthique.

« La meilleure boulangerie de France » peut servir à illustrer les aspects les plus dérangeants de la télé-réalité culinaire. Cet article ne vise pas à faire le procès du genre. Certaines des dernières productions sont plus qu’agréables à regarder, sont bien construites et instructives. Mais nombre d’entre elles sont simplement racoleuses.
Le premier écueil que le programme de M6 n’a pas su éviter est le choix du nom, donc du positionnement.

Meilleure que quoi?

Affirmer qu’une boulangerie est la « meilleure » signifie nécessairement que les autres sont moins bonnes. Ce qui n’a aucun sens. Le croissant de la boulangerie en bas de la rue est une merveille, sa baguette n’en est pas moins mal cuite. A l’autre bout de la ville, un pain à la croûte croustillante côtoie un flan farineux. Comparer deux boulangerie est à peine plus significatif que comparer un boucher et un vétérinaire, les spécialités n’étant pas les mêmes.
L’objection est aisée: toutes les boulangeries proposent du pain.

painrisien article MBF

A lire, l’article du Painrisien,
qui a testé nombres des adresses sélectionnées en Ile-de-France

Certes. Mais le jury de « La meilleure… » ne s’intéresse pas à cette base. Aucun épisode ne se penche sur le cas de la baguette, aucune voix off ne décrit ce que peut-être un bon pain de campagne. Ainsi que le fait remarquer le painrisien, la production semble avoir favorisé le plus télégénique.

La justice est aveugle, l’injustice se voile la face

Ce premier problème est corrélé à celui de la sélection. Tous les produits d’une adresse ne sont pas présenté à l’écran, et surement pas testé. Ce seul fait empêche le jugement d’être global, donc juste.
Mais le programme affirme son envergure nationale. Or affirmer tenir la « meilleure » quelque chose ne peut être permis qu’à ceux qui ont tout testé. Non seulement la production ne s’y est pas obligée mais a choisi de déléguer la sélection des artisans aux téléspectateurs. Résultat: les adresses choisies sont les meilleures communicantes et celles dont les clients maitrisent les outils médiatiques, principalement les réseaux sociaux. Ce premier tri se fait donc sur des critères sans rapport aucun avec la boulangerie.

La très discrète boulangerie

Enfin, les spectateurs peuvent, ou devraient, se sentir floués. Ceux qui aiment la boulangerie, qui mettent les mains dans la farine ou achètent quotidiennement leur pain préféré, auront pâli, d’horreur, et rougi, de colère. Car l’émission omet d’aborder son sujet principal. La boulangerie et ceux qui la pratiquent ne sont pas mis en valeur.

jues Jean lemal M6

Bruno Cormerais et Gontran Cherrier, artisans de talent. Et pourtant, juges de l’émission. (Photo Julien Lemal/M6)

Soit les juges disposent d’un vocabulaire fort limité (« Ça sent bon chez vous »; « c’est un personnage » et le désormais traditionnel « c’est gourmand »), soit ils hésitent à dire ouvertement leur pensée, soit ils prennent les téléspectateurs pour des idiots.
La télé-réalité culinaire a un principal argument de défense. Elle affirme participer à la promotion de la cuisine, auprès d’une audience qui en ignore tout. Ici, la dite audience n’apprend rien et l’image qu’elle se fait du métier de boulanger est tronquée voir erronée.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s