Remplir son frigo n’est plus une corvée

Faire ses courses sans passer devant des linéaires emplis de plastique. Les marchés le permettent, de même que le Pari Fermier. 

Une de ces rencontres s’est déroulée au Parc Floral de Paris du 26 au 28 octobre. Le principe fait recette: une rencontre entre les visiteurs et des fermiers qui partagent leurs produits et leur passion.

La qualité des produits est exceptionnel sans que les prix ne dépassent l’acceptable. Au contraire ils restent étonnamment modestes grâce à ce système qui se passe d’intermédiaires.

Le premier attrait du Pari Fermier réside dans le contact et les échanges avec les fermiers. Aucun n’est ennuyé ou passif car tous ont à cœur de partager leur travail.

Petite tournée auprès quelques hommes et femmes de passion (et d’art):

La ferme du Luguen (spécialité de foie et magret de canard)

Eux savent faire aimer le foie gras. Je n’aimais pas, et je reste sceptique sur la version froide, mais j’ai goûté le foie poêlé.

Grâce à un artisan qui a refusé de me laisser partir sans me faire goûter. L’escalope est saisie de chaque côté, salée et poivrée. Cette bouchée permet de saisir l’expression « orgasme culinaire ».

Le stand propose également des rouleaux de magret fumé et foie gras et des cakes aux « lardons » de canards (petits lardons taillés dans le magret fumé).

Herba Humana

La citrouille et le potimarron, mais aussi le patidou et la courge spaghetti s’exposent avec une myriade d’autres courges dont la plupart des chalands n’ont jamais entendu parler.

La ferme de l’Oraille

Les exposant y proposent surtout -en étant généreux dans les offres de dégustation- trois fromages extraordinaires : du Pont-l’Evêque, du Pavé d’Auge et du Livarot.

Les autres tentations sont aussi laitières: beurre frais; lait, crème et Yaourt.

Le dessert côtoie le fromage: une teurgoule; c’est-à-dire un riz au lait à la cannelle cuit au four durant 6 à 7H.

 

Le bois de Belle

La (bonne) crème de châtaignes n’est pas forcément celle d’une marque bien connue.

Ce stand expose des crèmes nature, vanillée, encore plus vanillée (mais le marron tend alors à disparaître) mais aussi aux écorces d’orange.

Les Figuières

La figue y est reine et se décline dans de nombreux pots.

Elle est parfois salée; aux épices ou avec des olives, parfois sucrée, noire avec du chocolat.

Encore?

La saucisse de chèvre de la ferme du Caroire; la tomme bretonne de la Tome de Rhuys Bourvellec, les confitures d’oignon et de pommes d’Insolite et tradition et le premier chocolat à l’huile d’olive réussi que j’ai goûté; d’Élixir d’olivier.

Prochains rendez-vous du Pari fermier: du 9 au 11 novembre à Rambouillet, du 1er au 2 décembre rue St-Charles et du 14 au 16 décembre à Vanves.

Photos: Auriane Velten

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Azuki: à importer dans la cuisine française?

La France n’a pas le privilège de la pâtisserie fine. Son prestige dans ce domaine a malheureusement éclipsé d’autres pays. Parmi eux: le Japon, terre natale de l’azuki, ingrédient indispensable dans la confection des desserts nippons.

Il s’agit d’un haricot rouge.

Stop!

Ne faites pas demi-tour à l’idée d’une glace au chili, l’azuki ne ressemble pas à « notre » haricot rouge. Plus petit, il a également un goût plus doux.

Très peu sucré, très peu gras, il pourrait aisément plaire à un public porté à faire attention à sa ligne. Pourtant il séduit peu le public européen, sans doute déstabilisé par l’étrangeté de sa texture et son goût trop peu glucosé.

Pour la majorité des recettes, il est cuit puis broyé pour former une purée appelée anko. Celle-ci pourra être plus ou moins asséchée; avec morceaux ou non, selon l’utilisation que l’on souhaite en faire.

Un ingrédient aux usages multiples

L’anko peut se manger sous forme de yôkan: il est alors simplement gelifié.

Couramment, il fourre  un mochi (gâteau de riz gluant) qui devient alors un daifuku.

Daifuku: pour palais aventureux

Pour ceux qui auront du mal à se confronter à la fois à l’anko et au mochi, une approche plus simple de ce haricot pourra être le dorayaki. Dans cette gourmandise, l’anko se retrouve pris entre deux petites crêpes rappelant furieusement le pancake.

Plus consensuel; aussi gourmand

Pour faire entrer l’azuki dans votre cuisine, il reste à vous rendre chez La Mangue. Vous y trouverez entre autres un fondant aux haricots rouges rappelant furieusement son cousin au chocolat.

Saravanaa Bhavan, végétarien autrement

Manger végétarien à Paris coûte cher. Un comble alors que viande et poisson alourdissent généralement la note. Une adresse,le Saravanaa Bhavan, reste toutefois bon marché. En juin 2010, cette chaîne indienne implantée mondialement a ouvert sa première adresse française au 170 rue du Faubourg-Saint-Denis (Paris Xème), entre la Gare du Nord et la gare de l’Est. Une chance pour les parisiens qui peuvent y manger de 10 h 30 à 23 heures, rapidement et sans creuser de gouffre dans leurs finances.

Un menu complet, et bon,  comprenant également un apéritif et un café coûte au maximum 20€.  L’équation des saveurs et du coût semble ainsi résolue.

Qu’y mange-t-on ?

La grande salle tient plus de la cantine que du restaurant.  Les cuisiniers, originaires d’une Inde du Sud très majoritairement végétarienne, proposent des spécialités de tout le pays. Ici, les plats sont parfumés et laissent s’exprimer les épices. Les communautés indiennes et pakistanaises du quartier investissent les lieux, oubliées les recettes européanisées. D’ailleurs on mange avec les doigts, ou à la cuillère, d’aromatiques plats de légumes en sauce ou un thali qui est un assortiment de plats.  Les assiettes sont à accompagner de pain plus que de riz, la seule déception de ce restaurant.

« Stuffed Capsicum » : Poivron farci aux légumes; ici avec un nan nature

Le plus intéressant reste les plats qui mettent en avant les nombreux usages des farines, du riz et des lentilles. Il y a les idli, petits pains de farine de riz et de lentilles, cuits à la vapeur et servis natures ou en sauce. Ou encore les dosa: fines crêpes composées de ces mêmes farines, alternativement croustillantes et moelleuses. Les dosa sont natures, fourrées d’un curry de pommes de terre au cumin ou encore, dans la version  » Ghee Dosa « ,  arrosées de beurre clarifié fondu. Émotion garantie en recevant à table cet immense cylindre odorant.

« Masala dosa »: dosa au curry de pommes de terre et oignons

Un assortiment de sauces accompagne certains plats: au yaourt, chutney (sauce épaisse sucré-salée) et sambar (sauce plus liquide comparable à une soupe de légumes).

Verdict final, les plus carnivores ressortent conquis et sans avoir accordé la moindre pensée à un bifteck. De quoi donner envie de combiner l’amour pour la bonne chère et les préoccupations pour la planète. Une idée chère aux cinq hommes de cuisine interrogés dans les documentaires  » Le bonheur est dans l’assiette « ,  diffusés du 15 au 19 octobre dernier sur Arte et disponibles en Replay sur le site ARTE+7

 Photos: Auriane Velten

(Article publié sur Fréquence ESJ)

« Des légumes et des hommes »

EXPOSITION – Des légumes biscornus mais joliment photographiés. Ils forment la moitié du sujet de l’exposition « Des légumes et des hommes » qui se tient au Chai de Bercy, cours Saint Emilion, depuis le 29 septembre jusqu’au 31 décembre.

Après être passée par le Potager du Roi à Versailles et le Jardin des Tuileries, l’exposition prend place au milieu d’un petit jardin où se côtoient blettes et courgettes.  » Des légumes et des hommes  » dévoile trente-deux photos aussi drôles qu’originales et saisies par la photographe Joëlle Dollé. Un thème resté inexploité par la portraitiste dont les deux sujets précédents étaient la maladie et le handicap. Parce que trop souvent arrachés de terre et cuisinés sans un regard, les légumes perdent toute leur histoire et leur force symbolique. Pour l’artiste, il s’agit ainsi de leur donner une reconnaissance en les photographiant avec la complicité de l’homme. Chaque image est accompagnée d’un texte signé Christophe Opec. Ces quelques lignes suggèrent  un lien, celui du vivant.

Redécouvrir l’épinard, le poireau mais aussi le raifort d’Ardèche. Les photographies montrent tout aussi bien un large panel de légumes que de personnalités. Joëlle Dolle a pioché parmi ses amis, sa famille, ses voisins mais aussi parmi le paysage culinaire et culturel français. Ainsi, le philosophe Michel Onfray interroge un rutabaga ou un homme s’amuse de sa moustache de poireau. Il cache son sourire, le public a du mal à retenir le sien.

Croiser le portrait d’une jeune fille-sylphide à qui deux myrtilles offrent un regard hypnotique ou encore un ténor dont  on ne sait s’il chante ou aspire des champignons,  » Des légumes et des hommes  » étonne. L’exposition gratuite, présentée par la Mairie de Paris, ouvre tous les jours de 10 à 17 heures au 41, rue Paul Belmondo dans le Parc de Bercy. Un évènement qui n’est pas sans rappeler le  » Banquet des 5000  » qui s’est tenu samedi 13 octobre sur le parvis de l’Hôtel de ville. Un repas géant et gratuit entièrement élaboré avec des légumes disqualifiés.  Ne plus s’accommoder du gaspillage, consommer de tout avec respect, expulser la perfection de la chaine alimentaire … La ville de Paris s’engagerait-elle à faire changer les mœurs ?

(Article publié sur Fréquence ESJ)